OWNI http://owni.fr News, Augmented Tue, 17 Sep 2013 12:04:49 +0000 http://wordpress.org/?v=2.9.2 fr hourly 1 Du F.A.T. dans tes yeux http://owni.fr/2012/10/26/du-f-a-t-dans-tes-yeux/ http://owni.fr/2012/10/26/du-f-a-t-dans-tes-yeux/#comments Fri, 26 Oct 2012 08:00:04 +0000 Geoffrey Dorne http://owni.fr/?p=124193

Cette semaine, nous fêtons l’anniversaire du F.A.T., le Free Art & Technology lab. Ce laboratoire, connu aussi sous le nom de F.A.T. est un collectif d’artistes, de designers, de développeurs, de scientifiques, d’avocats et de musiciens, qui est dédié à la fusion de la culture populaire avec la technologie open source. Le F.A.T. Lab est connu pour produire des œuvres d’art critiques, piquantes, pertinentes et qui questionnent souvent le droit de la propriété intellectuelle, dans le domaine des nouveaux médias et de la technologie. C’est pourquoi, le F.A.T. lab a toujours créé des œuvres destinées à être “élevées” au domaine public et contribuer ainsi à leur propre mouvement.

Aux origines

Pour la petite histoire, le F.A.T. Lab a été fondé en 2007 par Evan Roth et James Powderly, deux personnages également connus pour leur laboratoire de recherche en graffiti (le G.R.L. Graffiti Research Lab). Une grande partie des membres du F.A.T. sont basés en Amérique du Nord mais également en Europe centrale et en Asie. C’est donc un collectif international dont le socle commun est Internet. Ses membres coopèrent sur des projets d’art numérique depuis maintenant cinq ans.

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Une exposition rétrospective a été imaginée pour l’occasion, avec pour simple titre “F.A.T. GOLD“, cette exposition rassemble vingt-cinq créateurs composés de graffeurs, de hackers et de codeurs pour un séjour d’une semaine au “Eyebeam“, un centre d’art technologique de New York. L’exposition présentera les œuvres importantes de 2007 à nos jours mais lancera également de nouveaux projets lors de la soirée d’ouverture. Les projets seront ajoutés à l’exposition au fur et à mesure.

Flash back dans le F.A.T. !

Comme le F.A.T. lab s’engage depuis maintenant cinq ans afin de soutenir les valeurs de l’ouverture et le domaine public, de nombreux projets ont vu le jour. Des projets mais également des idéaux qui puisent leur force dans la culture populaire. Je vous propose donc un petit aperçu de l’histoire de leurs meilleurs projets.

Le EyeWriter

En 2003 le graffeur Tempt1 a été presque complètement paralysé à cause de la maladie de Lou Gehrig. Pour aider leur ami à continuer à pratiquer son art, le F.A.T. Lab, openFrameworks, le Graffiti Research Lab et le Groupe Ebeling se sont associés pour créer l’EyeWriter, un outil qui met en place des caméras et des logiciels open source pour suivre les mouvements des yeux de l’utilisateur et permettre de les dessiner grâce aux mouvements des pupilles.

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SubPixel

“SubPixel” est un un kit de “mise à niveau” de la publicité dans le métro (ou ailleurs). Ce petit objet est construit à partir d’une réglette en acrylique découpée au laser, des bandes de plastique et de neuf lames de rasoir. Ainsi, une fois le tout assemblé, vous allez pouvoir, en deux grands coups rapides (un horizontal et un vertical), créer un damier, une grille. À partir de cette grille de 8×8 « pixels », il ne vous reste plus qu’à retirer ou non des cases et créer vos icônes au pixel ou modifier le sens de l’affiche. Voilà en quelques images le résultat :

cute SUBPIXEL   ou comment pixeliser la publicité dans le métro !

Les Lego open-source

En 2012, c’est une petite révolution qui s’est faite dans le monde du Lego grâce au kit de construction universel et gratuit possédant 80 objets 3D à imprimer sur une imprimante 3D. Vous pouviez donc utiliser votre imagination et ainsi connecter toutes ces petites briques à vos “vrais” Legos pour aller encore plus loin dans la création ! D’ailleurs, cette collection de 80 objets peut toujours être “dépassée”, car chacun peut proposer ses modèles, mettre à profit son savoir pour concevoir de nouvelles pièces et ainsi créer un véritable “réseau de jouets“.

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Le poster

FAT Rêve denfant : Comment fabriquer ses propres Legos ?

Free Speech !

“Free Speech” est une oeuvre créée pour le Musée Kunsthalle à Vienne. Un seul but : la liberté d’expression !

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Peer to Peer du chien

Si vous passez du temps à échanger des fichiers et si vous aimez les animaux, ce projet vous ravira ! En effet, avec une simple clef USB et un chien, ce réseau “peer to peer” vous permettra d’échanger, de partager, en toute simplicité !

Et dans dix ans ?

Le F.A.T. lab n’est pas le seul mouvement hacktiviste créatif, même s’il est unique dans sa pensée et son mélange “pop culture” / “hacking”. Cependant, d’autres types de pensées émergent et proposent des actions créatives engagées :

Je suis impatient de voir se répandre ce et ces courant(s), ces pensées et ces actions ! En attendant, je vous invite à vous rendre le site du F.A.T. lab et vous souhaite… un excellent week-end ! :-)

Geoffrey

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Rebooter les villages http://owni.fr/2012/07/16/rebooter-les-villages/ http://owni.fr/2012/07/16/rebooter-les-villages/#comments Mon, 16 Jul 2012 09:45:18 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=116190

La sainte trinité du hackerland.

Ces deux univers étaient faits pour se rencontrer, s’aimer, s’aider : les hackers et ce qu’on pourrait appeler les zones rurales autonomes. Et quand ils se fondent, cela donne un hackerland, comme celui qui se développe depuis cinq ans dans le Centre, au lieu-dit Conques-Bas, à quelques kilomètres de Bourges. Ce week-end, ses membres organisaient la deuxième édition de leur festival, Electronic pastorale. “La première édition avait été organisé pour fêter l’arrivée d’Internet”, se souvient Loul, une des habitantes.

Car le lieu a d’abord rassemblé une poignée de personnes qui voulaient vivre en autosuffisance, constituer un collectif au maximum “résilient” : trois gars du coin et pas des Parisiens en mal de retour à la Nature comme le Larzac en a vu tant passer. Jérôme, Pierre et Antoine, que les zones commerciales et l’Entreprise ne font pas rêver.

Alors, ils ont acheté deux hectares et, partant de ce rien de terre, ont construit pas à pas “un village”. Et pas une communauté, ils y tiennent. Pantalon de travail et bottes, des éclats de boue jusqu’à la ceinture, assis sur un vieux canapé récupéré sous la serre, Jérôme revient sur le terme :

J’ai fait un DUT de gestion des entreprises et administrations avant de partir un an en Irlande, j’ai étudié l’habitat écologique et les écolieux.

Les soixante-huitards ont échoué en voulant tout mettre en commun. Il faut tirer les leçons. Il ne faut pas se leurrer, nous sommes tous différents.

Le village mélange donc des lieux de vie en commun – comme la cuisine qui prévient d’un retentissant coup… de conque qu’il est temps de se régaler -, et des espaces privées, en l’occurrence des yourtes qui abritent maintenant une dizaine de personnes. Au passage, débarrassons-nous d’un préjugé : en hiver, les occupants ont très voire trop chaud, grâce au poêle central.

Éloge de la do-ocracy

Depuis leurs débuts, ils ont entendu tous les noms d’oiseaux planants : “hippies”, “tarte aux fleurs”, “allumés énergétiques”, etc. Sauf qu’ils ont les pieds bien sur terre. Pas de grands plans sur la comète mais une approche pas-à-pas : “On ne se fixe pas de limites, explique Loul, on voit au fur et à mesure.”

Non, la vaisselle ne se fait pas toute seule, chacun prend ses responsabilités et fait la plonge.

Et sur leur chemin, il leur arrive de se tromper. Eh bien ce n’est pas grave, les erreurs sont fructueuses. Pas non plus de plan fumette-envolées éthérées. Si le débat fait partie de l’essence du projet, un discussion trimestrielle baptisée “où va-t-on ?” vient même d’être mise en place, il est indissociable d’une charge de travail hebdomadaire médéfienne. Jérôme, surnommé d’ailleurs “la pile” en raison de son activité digne du lapin Duracell, s’amuse :

Quand j’ai commencé le maraîchage bio, certains avaient mis ma tête à prix, on m’a dit que je ne tiendrais pas deux ans, cinq après je suis toujours là. La valeur travail compte beaucoup dans le monde paysan, on me respecte maintenant, ils voient que je suis au travail à huit heures, et jusqu’à 19 heures.

Même s’il arrive surtout pour le moment“à s’endetter” , plaisante-t-il, et que c’est difficile, au moins s’est-il lancé avec ses deux amis, eux les trois Rmistes que les banques auraient renvoyé poliment mais fermement à leurs aspirations. Et déjà heureux comme “de prouver que c’est possible”. Ce n’est pas le beau potager rempli de tomates, de fraises, de panais, de haricot, d’oignons, de maïs, etc. qui dira le contraire. En attendant les champs de blé : “on a fait un test non concluant, à retenter… “

Il est libre, le pixel

Rejet des systèmes tout-emballés, résilience, éloge de l’entraide et du partage combiné à un respect de l’individu, valorisation du faire sur le dire incantatoire (la do-ocracy), importance de l’erreur dans les processus d’apprentissage (le learning by failing), goût pour la bidouille et la récupération, fonctionnement horizontal, autant de termes qui sonnent doux aux oreilles d’un hacker.

La serre abrite aussi un établi. Alexandre Korber, du hackerspace parisien le tmp/lab, s’occupe de l’imprimante 3D, un modèle RepRap autoréplicant.

Et comme ces néo-villageois n’ont rien contre la technique, contrairement à certains courants dans leur mouvance, la convergence se fait petit à petit, poussée par Loul et son compagnon Tom. Le couple fait en effet de l’informatique, fier tenancier d’un “petit commerce de pixels de proximité”. L’appartenance à l’univers des hackers est revendiquée sur leur site professionnel :

La pixelerie utilise exclusivement des logiciels libres et publie son travail sous les licences GPL, Creative commons, Art Libre.

Le terme hacker désigne quelqu’un qui s’approprie ou crée une technologie et participe à son augmentation. Contribuer au logiciel libre est une pratique hacker qui ne doit pas être confondu avec les “crackers” ou pirates informatiques.

Depuis leur arrivée voilà un an et demi, ils connectent les deux mondes, donnant corps auvillage planétaire de Marshall Mc Luhan. L’Internet est donc arrivé par satellite, depuis décembre 2010, en attendant un réseau WiFi maillé (“mesh”), moins capricieux. Utile pour trouver des conseils, documenter les projets… ou commander de bon vieux livres papiers instructifs. Des AOC (ateliers ouverts à Conques), autrement dit des open ateliers, ont aussi été mis en place chaque jeudi soir pour monter des projets en fonction des besoins locaux. Loul détaille leurs ambitions :

L’idée est de collaborer avec les agriculteurs et les maraîchers. À terme, nous aimerions faire un robot pour tracer les sillons et un système de serre automatisée. C’est dur de les faire venir, mais quand ils sont là, ils sont intéressés.

L’objectif est de travailler ensemble, de recréer du lien social, pas de faire du business.

Une des yourtes venues de Mongolie où vivent les habitants du village

Parmi les lieux collectifs, une “yourte numérique” est aussi à disposition, pour “se connecter, faire ce que l’on veut avec son ordinateur”, résume Loul. Bien sûr le matériel est sous Linux et une Pirate Box est installée, cet outil portable qui permet de partager des fichiers en toute liberté et de chatter grâce à un réseau local WiFi.

Hackerspace de campagne

La prochaine grosse étape, c’est la mise en place d’un hackerspace, un espace de travail dédié à la bidouille créative chère aux hackers. Pour l’heure, le bâtiment est en cours de construction, dans le respect de l’éthique du village. Coût global : 6 000 euros. Après avoir songé un instant passer par Ulule, la plate-forme de financement participatif, ils ont préféré y renoncer : avec un budget plus confortable, ils n’auraient pas forcément fait les choix les plus économiques, diminuant les possibilités de reproduire le projet.

À l’exception de la dalle de béton, c’est du DIY (do-it-yourself, fais-le toi-même)  : ils monteront des murs de paille, une technique ancestrale, avec le concours d’un agriculteur qui leur prêtera sa moissonneuse-batteuse pour qu’ils fassent eux-mêmes leurs ballots. Les tuiles ont été obtenues grâce à du troc. Intéressé pour utiliser le futur lieu à l’année, le tmp/lab, le premier hackerspace installée en région parisienne, met aussi la main à la poche et à la pâte. Un de ses membres, Alexandre Korber, le fondateur d’Usinette, qui apporte la fabrication numérique domestique partout où sa camionnette passe, est ainsi venu avec une RepRap. Cette imprimante 3D open source est autoréplicante, c’est-à-dire qu’elle peut fabriquer les pièces qui la constituent. Ça tombe bien, il n’y a pas encore d’imprimante 3D à Conques.

La voiture de Jacques Gagnereaud, dit Gajac, le rédacteur de l’Ecolibriste, le “bulletin de liaison” de l’APARTE.” APARTE, pour Association de promotion et d’animation sur les réflexions et les témoignages écologiques, dont le slogan est “vivre mieux dans un univers sain, naturel et fraternel”. Le bonhomme ne considère pas ses voisins comme des “tarte aux fleurs” ou des “allumés énergétiques”.

L’ouverture est prévue en janvier si les dieux du bricolage sont cléments. Le matériel à disposition sera orienté local bien sûr :

On y trouvera des technologies pour faire des machines qui servent à la campagne, pour travailler la terre, faire de la poterie.

Le monde de demain

Actuellement, les hackerlands sont un phénomène émergents. Pour Loul, il ne fait aucun doute qu’ils vont se multiplier :

On tend vers de plus en plus de liens. De toute façon, des gens vont y être contraints économiquement, alors autant y aller de soi-même.

Un des murs de la cuisine collective affiche la couleur : en résistance !

Jérôme renchérit :

La solidarité et les organisations sociales fortes, qui dépassent les obligations législatives, sont déjà présentes dans des villages des environs, de façon naturelle, ils font de l’open source (rires). De même dans certains quartiers des grandes villes. De nouveaux rapports sociaux se développent, pas forcément de façon consciente. Certains commencent à s’organiser pour cette résilience.

C’est obligé d’en passer par là, les gens ne se disent pas bonjour, ils prennent le métro en faisant la gueule, ils rentrent chez eux. Ceux qui ne sont pas encore tout à fait endormis vont réagir, il va y avoir un choc.

Qui sait, peut-être le ministre du Redressement productif deviendra-t-il dans quelques années celui de la Simplification volontaire ? Pour l’heure, on est encore loin, et il faudrait que les hackerlands renforcent leurs liens, par exemple via un site du type hackerspaces.org, dédié aux hackerspaces. Jérôme entend aussi rendre le mouvement plus visible quand ils seront prêts à sortir du bois du pré, pour éviter une exposition prématurée qui leur nuirait au final. Toujours la politique des petits pas.

À voir aussi, la conférence que Philippe Langlois, le fondateur du tmp/lab, a donné sur les hackerlands lors du dernier festival du Tetalab, le hackerspace de Toulouse :

Cliquer ici pour voir la vidéo.


Photographies au mobile par Sabine Blanc pour Owni et bidouillée par Ophelia Noor.

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CD1D, la force du réseau http://owni.fr/2010/12/21/cd1d-la-force-du-reseau/ http://owni.fr/2010/12/21/cd1d-la-force-du-reseau/#comments Tue, 21 Dec 2010 12:30:16 +0000 indierockmag http://owni.fr/?p=28959 Indierockmag nous offre un aperçu et bilan des activités jusqu’alors menées par CD1D. Comment y sont-ils arrivés, où en sont-ils, quels sont leurs projet ?

Trente mois exactement après notre première rencontre dans son office lyonnais, la structure au concept fédérateur a gagné en envergure et en ambition. CD1D, au tournant de l’année 2011, ce sont 240 labels et déjà trois plateformes régionales, avec une volonté affichée de dépasser son statut d’outil participatif au service de la distribution des indépendants pour s’impliquer de plus en plus étroitement dans l’éducation du public aux nouveaux enjeux de l’ère numérique, ou même dans le processus de création. Et tout ça dans une optique d’équitabilité et d’égalité des chances dont on sait aujourd’hui grâce au travail effectué par cette équipe de passionnés qu’il ne s’agit plus seulement d’une utopie.

Alors que se profile d’ici 2013 la constitution d’un réseau collaboratif à l’échelle internationale dont CD1D a déjà posé les bases en nouant des liens avec le Québec, le Liban ou encore la Jordanie, le moment était idéal pour dresser le bilan de ces 6 premières années d’activisme et accessoirement dessiner quelques perspectives pour l’avenir en compagnie de ces acteurs désormais primordiaux du maintien de la diversité culturelle.

Indie Rock Mag : A l’origine il y a une idée de VJ Raize, le vidéaste du groupe B R OAD WAY, et une prise de contact avec le label lyonnais Jarring Effects, l’un des sept “piliers” de l’aventure cd1d. Pouvez-vous nous en dire plus ?

Marina Bonaldo pour CD1D : A l’époque, plusieurs réflexions portées par des labels indépendants ont eu la chance de se faire écho et de s’imbriquer pour donner lieu à une alternative collective : d’une part en Rhône-Alpes où le label de B R OAD WAY et Jarring Effects avançaient sur une solution de plateforme et d’autre part à Marseille où Aïlissam, le label de K2R Riddim, travaillait sur la dynamique d’un réseau « musique équitable ». Pour s’être croisés depuis des années en concerts, lors de formations dispensées par leurs soins ou de conférences, colloques et salons et parce que tous avaient des amis en commun (Yannick Legrain d’Irfan le label), il était tout naturel de pouvoir conclure qu’il était temps de fusionner nos énergies.

A la base de ce concept de fédération, on imagine qu’il y a un constat plutôt négatif sur le business de la distribution ? Quelles sont les envies qui ont motivé le projet ?

En 2004, le projet CD1D est né d’un constat (fait par les 7 labels fondateurs – 6AM, Aïlissam, Crash Disques, Facto Records, Jarring Effects, Irfan le label et Vicious Circle) : les productions indépendantes ont de plus en plus de difficultés à accéder aux réseaux de distribution et aux espaces médiatiques traditionnels.
La visibilité en magasin se réduisant, il nous semblait vital de construire nos propres réseaux et outils susceptibles de nous garantir de nouveau une forme d’autonomie de diffusion et de contrôle en tentant d’inventer de nouveaux modèles.
Nous avons donc tout naturellement inauguré en mars 2005, comme un premier outil nécessaire, la première version de la plateforme cd1d.
Nos premières inquiétudes se sont bien évidemment confirmées et l’un des problèmes majeurs reste la très grande complexité pour un artiste ou un label à accéder aux réseaux traditionnels de diffusion et, désormais, à monétiser équitablement sa musique.

Concrètement, comment cela se passe-t-il quand un label souhaite intégrer la fédération CD1D ? Comment doit-il prendre contact ? N’importe quel label peut prétendre à faire partie de l’équipe ou y a-t-il un droit de regard selon vos affinités musicales, idéologiques ? Quels sont en gros les termes du contrat ?

Pour intégrer CD1D, le label doit avoir à son actif au minimum 2 artistes et 3 références. Une fois que le label entre dans les critères, qui restent flexibles et étudiés au cas par cas, il doit contacter par mail Fred (info@cd1d.com) qui lui envoie la fiche d’adhésion à remplir. Une fois la fiche d’adhésion renvoyée, Fred la soumet au CA de CD1D(composé des 7 labels fondateurs et de trois représentants de labels) qui décide si le label peut intégrer ou non la fédération.

Si les membres du CA sont les décisionnaires de l’intégration d’un label au sein de la fédération CD1D, les décisions sont prises collégialement et aucun d’entre eux ne doit choisir en fonction de ses goûts musicaux. CD1Dest ouvert à toutes les esthétiques musicales et souhaite continuer à découvrir et être surpris par de nouveaux styles de musique.
Lors de l’intégration le CA regarde davantage le professionnalisme du label, son envie et sa capacité à s’investir dans la fédération CD1D.
Une fois le label accepté, il ne lui reste plus qu’à intégrer son catalogue sur la plateforme et communiquer sur la présence de ses productions sur CD1D.

L’adhésion annuelle à payer est de 100€ par an (avec possibilité de prendre cette somme sur les ventes du label afin de ne pas représenter une dépense trop lourde pour une structure). Le label doit de son côté s’engager à intégrer rapidement son catalogue sur la plateforme, être réactif aux demandes du CA et des salariés CD1D, alimenter et suivre les discussions sur le forum interne CD1D… bien évidemment même si les faits sont bien différents de la réalité, nous tenons à ce que chaque label devienne membre à part entière de la fédération et s’approprie l’outil qu’est la plateforme… et n’imagine pas qu’il vient payer un service sans rien investir en échange.
Il est important de préciser que CD1D n’est pas un distributeur et n’en a pas la même vocation, mais bien un outil créé par des labels pour des labels.

Le label membre de CD1D se rend acteur d’un réseau de distribution alternative, au sein duquel il maîtrise son prix de vente. Chaque label dispose d’un compte personnel pour gérer l’administration de ses productions mises en ligne. Il peut ainsi voir ses ventes en temps réel, modifier son catalogue en ligne, fixer le prix de ses références, ajouter des bonus, des vidéos, participer aux forums privés… une personnalisation unique au service du label membre.

Vous n’êtes rémunérés sur les ventes de CD qu’à raison d’une commission de 15% contre un taux exemplaire de 85% à partager entre labels et artistes, ça vous sert à couvrir les frais ? Comment les membres de l’équipe gagnent-ils leur vie alors ? Ils bossent généralement pour un ou plusieurs des labels affiliés, ceux qui comme Jarring Effects ou Vicious Circle ont été les premiers à soutenir le projet ?

Sur les 15% pris sur les ventes, CD1D ne réalise aucun profit. Ce pourcentage sert à payer l’hébergement du site, la maintenance et les salaires des employés. Or à ce jour, nous ne pouvons pas réellement dire que ces 15% suffisent à supporter l’ensemble de ces charges. C’est entre autres pour ces raisons que nous sollicitons les aides des sociétés civiles et autres subventions.


Depuis le mois de juillet 2010 l’équipe compte 7 salariés et une dizaine de bénévoles très actifs au quotidien. Les trois quarts de nos salariés sont employés en emplois aidés et la totalité des bénévoles sont des salariés de labels membres de CD1D. Même si nous n’avons pas à proprement parler de salarié mutualisé entre plusieurs labels, nous mutualisons de nombreux services pour nos membres, tel que pressage, communication, stands…

Nous souhaiterions parvenir dans les deux années à venir à un auto-financement avec le pourcentage pris sur les ventes et les cotisations annuelles d’où l’intérêt d’intégrer de nouveaux labels. Malgré cette forte envie d’auto-financement il est indéniable que la chute des ventes physiques ne favorise pas notre expansion économique, toutefois nous ne baissons pas les bras ! Néanmoins le modèle économique de CD1D est précisément de reverser entre deux et trois fois plus que les circuits traditionnels… quitte à trouver des sources de financement ailleurs que sur les ventes de disques.

Depuis quelques années, l’association le CALIF (Club d’Action des Labels Indépendants Français) subventionnée par le Ministère de la Culture et de la Communication semble essayer de remuer les choses côté disquaires. Vous avez eu des contacts avec eux ? Vous aussi avez reçu les faveurs du ministère ?

Bien sûr nous connaissons l’activité du CALIF (dont au passage le nom prête à confusion puisqu’ils n’interviennent pas au nom de labels mais dans le champ précis des disquaires indépendants) et nous le(s) croisons régulièrement. Il(s) travaille(nt) avec certaines fédérations régionales qui sont déjà nos partenaires.
Pour le moment nous n’avons malheureusement pas bénéficié des subventions qu’ils ont réussi à lever pour tenter de maintenir un tissu de disquaires sur le territoire, même si nos champs d’intervention et de représentativité ne sont pas les mêmes.

Justement, après l’ouverture de votre boutique lyonnaise rue Leynaud (dans le 1er arrondissement) en mars 2008, vous avez abandonné l’idée de multiplier les points de vente pour privilégier l’intégration de CD1D aux petits disquaires survivants. Concrètement, comment se passe cette collaboration ? Il y avait déjà le site, quel est le petit plus que vous apporte ce commerce de proximité ?

Tout d’abord, l’idée de multiplier les points de vente semblables à celui de Lyon n’a pas été totalement abandonnée. Nous avons d’ores et déjà commencé à étudier avec l’aide du CALIF la possibilité d’ouvrir des “comptoirs culturels” de proximité à l’échelle régionale. Il est en effet intéressant de s’appuyer sur la connaissance du terreau local et le maillage territorial fort des fédérations régionales pour proposer un espace de diffusion et d’accès aux productions locales et nationales notamment au sein des régions les plus pauvres en offre culturelle. La connaissance que nous avons de ce secteur nous permet d’affirmer que la vente de disques indépendante est largement tributaire de la densité de population. Or la diversité culturelle se doit également d’être représentée de manière exhaustive d’un point de vue géographique et ne peut répondre qu’à de simples contraintes économiques.

Toutefois, cette approche est loin de nous prévenir d’une action auprès des disquaires indépendants existants. D’une part, de nombreux labels membres de CD1D connaissent une distribution que l’on qualifie de “classique” et sont représentés via le travail de leur distributeur chez quelques disquaires indépendants. D’autre part, nous mettons en œuvre le développement d’un “compte pro” qui nous permettra à terme de proposer un service de distribution “alternatif” à nos membres.

Les disquaires pourront ainsi se connecter au site cd1d comme un internaute classique mais seront reconnus comme professionnels. Ils bénéficieront ainsi de prix adaptés à leur activité, de l’écoute totale de chacune des références disponibles à la vente et de toutes les informations nécessaires à la bonne connaissance des produits. Nous travaillons actuellement à la mise en place de pratiques commerciales garantissant une juste rémunération des labels et des artistes mais aussi respectueuses des principes d’économie sociale et solidaire.

Enfin, la présence de CD1D et de ses membres parmi des disquaires indépendants nous paraît être un important vecteur dans la défense de la diversité culturelle. Elle offre en effet une diffusion et une visibilité aux labels indépendants qui peinent de plus en plus à trouver une place dans une économie de marché globalisée. Mais elle est aussi un levier dans le maintien des commerces de proximité qui savent défendre les artistes et les productions qu’ils accueillent. Ils accomplissent également une mission d’éducation populaire en permettant à leur clientèle d’accéder aux productions trop peu perçues dans les circuits traditionnels.

Parallèlement, vous avez lancé trois plate-formes régionales, en Rhône-Alpes, en PACA et dernièrement en Aquitaine, pour entretenir des rapports plus étroits avec les acteurs locaux de la création musicale, encourager les collaborations et soutenir les autoproduits. Quel bilan en tirez-vous à ce stade ?

Il est important de préciser que nous n’avons pas créé les plateformes régionales mais que nous avons mis à leur disposition une technologie et des savoir-faire que nous avions préalablement développés. C’est ainsi, en 2010 nous avons inauguré les plateformes 1d-Aquitaine, 1d-Paca et 1d-Rhône-Alpes et un an plus tard le bilan est relativement positif. Les fédérations et plateformes en question accueillent chaque jour davantage de labels et artistes, hébergeant ainsi la diversité culturelle d’une région.

Même si les critères d’adhésion aux plateformes diffèrent selon les régions (prix d’adhésion, services proposés…), presque toutes ces structures ont fait le choix d’accueillir les auto-productions qui souhaitent distribuer leurs œuvres. Ces plateformes régionales s’imposent ainsi comme les véritables garants de la diversité musicale pratiquée dans une région.

Pour les artistes émergents ces fédérations font un réel travail de proximité et de sauvegarde d’un patrimoine culturel local.
Ces nouveaux exemples de structuration en région suscitent un certain intérêt et préfigurent souvent de nouvelles dynamiques dans d’autres régions de France (Pays de la Loire, Nord, Midi-Pyrénées, Grand Est, Languedoc-Roussillon), et d’autres certainement à venir. Nous tenons à suivre de près toutes ces nouvelles initiatives, car la structuration des acteurs constitue la grande nouveauté du tissu indépendant.

Déjà 240 labels et près de 1500 artistes ont adhéré au concept depuis son lancement en 2004, votre chiffre d’affaires a augmenté de plus de 40% l’an dernier par rapport à 2008, CD1D se porte plutôt bien on dirait ? Quelle est la prochaine étape ? Un pied en région parisienne peut-être ?

On aimerait bien ! Même si nous commençons à être identifiés et de plus en plus sollicités sur la région parisienne, il est toujours aussi difficile de mettre un pied et de s’affirmer à Paris, mais nous aimerions bien qu’une fédération francilienne de labels indépendants y voie le jour.

Nous continuerons de faire ce que nous avons fait sur d’autres régions : stimuler des rencontres, dresser des ponts entre labels grâce à nos membres de façon à ce qu’une fédération aboutisse et qu’elle défende également l’envie de construire des réponses alternatives et innovantes.
Nous essayons par ailleurs de créer des passerelles avec des pays d’Europe et de la Méditerranée. Le développement de CD1D et de la plateforme reste une priorité. Nous avons également répondu à l’appel d’offre du Ministère de la Culture concernant le dispositif « carte musique », et nous travaillons avec la Bibliothèque de la Part-Dieu, les SMAC du Fil et des Abattoirs en Rhône-Alpes à la création et la mise en place de bornes interactives.

Autant de projets qui nous poussent à croire que tout reste à faire !

75% de vos ventes en 2009 concernaient les supports physiques contre 25% seulement pour le numérique, autant pour la fameuse “crise du disque“. Que pensez-vous de la position des majors sur ce sujet ?

Nous ne partageons ni les valeurs, ni les modèles économiques des majors ou des plus gros indépendants. En appartenant à des multinationales par exemple, qui pensent leur développement de façon globale, la musique est forcément sacrifiée au profit de stratégies plus rapides et plus rentables : il est plus facile de faire de l’argent avec des smartphones fabriqués en Chine que de développer une carrière d’artiste.

Pendant des années, tout le monde (y compris les médias qui se sont laissés entraînés dans cette fausse course à la modernité et l’innovation) a annoncé la mort du disque alors qu’il représente toujours l’essentiel des ventes. C’était la meilleure façon sûrement de brouiller les cartes… et de les redistribuer aux mêmes !

“Concevoir et diffuser la musique autrement”, c’était l’un des thèmes que vous abordiez à Paris les 15 et 16 octobre dans la cadre du MaMA. Avec l’avènement du net, certains artistes tentent de s’affranchir totalement des labels et/ou distributeurs via Bandcamp, Bandstocks, CASH Music et autres plateformes de distribution en ligne et/ou de financement par les fans. Pensez-vous que ce soit une alternative pour certains ? Un avenir pour d’autres ?

Sincèrement il est possible que ce soit un avenir pour certains artistes, mais lesquels ? Ce qui pose problème dans ces plateformes et autres systèmes de financement par des fans, c’est que la qualité artistique est définie par le plus grand nombre et l’audimat. Les « fans » financent ce qui est à la mode, ce qui peut plaire, de nombreux artistes qui n’ont aucune place sur ces plateformes là ont pourtant un parcours musical exemplaire et exceptionnel. On peut penser à des groupes tels que Les Ogres de Barback, High Tone, Yann Tiersen, Marcel et son Orchestre… pour ne citer que les plus connus.
Même si ces sites peuvent faire émerger quelques artistes, il est difficile de croire qu’ils représentent réellement la diversité de ce que font les artistes en 2010.

Il serait intéressant de voir si les gens sont motivés par le fait de soutenir la création ou s’imaginent en investisseurs avisés en misant sur le prochain Grégoire?
Le modèle économique de ces “labels communautaires” est loin d’être défini et équilibré, prenez l’exemple du français Spidart qui a été contraint de fermer boutique en laissant artistes et “investisseurs” sur le carreau.
Pour les outils “Do It Youself” et “Direct To Fan” de type Bandcamp, c’est une autre approche. L’idée de se rapprocher de ses fans est une nécessité pour un artiste ou un label. Élaborer sa “fan base”, lui communiquer directement ses actualités, lui offrir en avant-première ses vidéos et autres bonus est indispensable pour garder un rapport humain avec les gens qui vous écoutent et aiment votre musique. D’autant plus pour les artistes émergents qui n’ont pas accès aux “grands” médias.
Et c’est une des missions de CD1D que de pouvoir fournir aussi, dans un avenir proche, ce genre de services aux labels indépendants, aux artistes mais aussi aux publics.

Et les distributeurs avec lesquels les labels travaillent également, vous n’avez pas peur qu’un jour ils mettent la pression aux uns ou aux autres ?

Excellente question. CD1D n’étant pas un distributeur mais un outil créé par les labels eux-mêmes, il n’y pas d’incompatibilité à avoir signé chez un distributeur ou agrégateur et vendre ses productions sur CD1D. Ce n’est pas le cas pour tous, mais si un label en a la possibilité, il doit continuer à multiplier ses sources de diffusion et ses points de vente.
Loin d’être un distributeur nouas n’avons pas la prétention de faire leur travail, nous proposons juste à nos membres des outils dans le but de rendre visible tout travail artistique et ainsi diffuser toutes œuvres produites.

Certains distributeurs connaissent l’existence de CD1D et n’ont jamais vu aucun inconvénient à ce qu’un label vende ses disques en direct comme il le ferait à la sortie des concerts. CD1D est et restera un outil de promotion et de distribution au profit des labels qui l’ont créé.

Pour finir, si vous deviez “vendre” en quelques mots le concept aux représentants de labels indé qui peut-être nous lisent, que diriez-vous ?

« Plus on est de fous, plus on rit » ! Plus sérieusement, nous vivons une période particulière où à la fois la musique est devenue gratuite dans la tête des gens et où pourtant tous les amateurs de musique doivent se mobiliser pour défendre leur passion. Il faut évidemment agir de façon collective mais également avoir l’ambition de réinventer des modèles nouveaux qui permettent au plus grand nombre de créateurs de pouvoir vivre et d’amplifier grâce aux nouvelles technologies leurs projets… pas de les subir !

Article initialement publié sur indierockmag .

Crédits photos CC flicr: pierre pouliquin; andres musta; gaetanku

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Journaliste-entrepreneur et avocats, même concept: une firme? http://owni.fr/2010/08/11/journaliste-entrepreneur-et-avocats-meme-concept-une-firme/ http://owni.fr/2010/08/11/journaliste-entrepreneur-et-avocats-meme-concept-une-firme/#comments Wed, 11 Aug 2010 13:53:43 +0000 Sabine Blanc http://owni.fr/?p=21750 Cet article est une traduction de la réaction de Michael Rosenblum sur le futur du journalisme entrepreneurial suivie des réactions de pigistes et de collectifs de pigistes français que nous avons recueillis.

Vous pouvez en obtenir un... si vous le voulez.

Hier nous avons répondu à Ken Kobre, qui demandait si, à l’avenir, un journaliste devrait être un entrepreneur. Ceci en réponse au nouveau livre d’Adam Westbrook. Ken, qui étant à San Francisco avec un décalage horaire de huit heures, nous a répondu qu’il était d’accord. Cependant :

Personnellement je ne pense pas que tout soit noir ou blanc. Il est vrai que l’image du journaliste le représentant comme un opprimé grisonnant a été idéalisée à l’extrême dans les livres et les films (cela va des Hommes du président, basé sur une histoire vraie (le Watergate, NDT) à Jeux de pouvoir, une fiction, cf image.) Mais la plupart des journalistes que nous connaissons ne cherchent pas délibérément la misère. Simplement, leur passion va au reportage et au storytelling – pas aux tableurs et aux projections. Peut-être que les diplômés des écoles de journalisme ne s’efforcent pas de gagner leur premier milliard avec autant de zèle que leur confrères de MBA, mais ils ne convoitent pas des jobs mal payés par amour du frisson bohémien qu’ils procurent.

Ken, qui enseigne à l’Université de San Francisco State, connait indubitablement ses élèves et ce qu’ils cherchent après, mais ce qu’il suggère pour réussir la synthèse du business et du journalisme est, selon moi, l’abnégation de notre prise de contrôle de notre destinée :

En fin de compte, je pense que la solution résidera dans la collaboration – la formation de partenariats et de collectifs constitués de professionnels dont les atouts individuels et les talents combinés et mis à profit dans l’intérêt du bien commun. Microcosmes de petites et modestes rédactions, sans le poids mort des couches de management intermédiaire… et des bureaux.

Je ne pense pas que le modèle ici soit celui des titulaires de MBA, qui, de ce que j’en sais, sont plus des techniciens à la recherche d’un travail. Le modèle plus proche et plus efficace serait celui des avocats.

Beaucoup de ceux qui ont atterri en école de journalisme auraient tout aussi bien pu étudier le droit. Beaucoup ont été écartelés entre les deux. Le droit a tendance à attirer le même type de personnalité, et dans un sens ce sont des métiers similaires : recherche, investigation, analyse et présentation.

Beaucoup de gens font du droit motivés par la même passion qui conduit au journalisme, le désir de faire le bien et de voir ce qui est juste s’accomplir.

Néanmoins, la différence entre les avocats et les journalistes, c’est la façon dont ils ont choisi d’organiser leur profession.

Les journalistes finissent par travailler comme salarié de quelqu’un d’autre, et sont donc toujours victimes des vicissitudes du marché et de l’évolution des technologies.

Les avocats (il est vrai aussi que certains deviennent salariés) ont tendance à monter entre eux des partenariats où ils rassemblent leurs compétences et leur business.

Une firme d’avocats loue ses talents à de nombreux clients. Une firme de journalistes (pour formuler une idée intéressante) ferait la même chose. Une association de journalistes nouerait de nombreux contrats avec divers magazines, journaux, stations de télévision et sites pour offrir du contenu, comme une firme d’avocat propose leur expertise . De cette façon, ils seraient préservés d’un désastre prévisible si un journal ou un magazine mettait la clé sous la porte.

Une firme de journalistes serait une association, et comme une bonne firme d’avocats combine les fusions-acquisitions qui rapportent avec le droit courant bon marché, une firme de journalistes combinerait le journalisme d’investigation qui ne paye pas bien avec les lucratives relations publiques. Ne sursautez pas. Beaucoup de nos diplômés font des relations publiques et peuvent faire fortune. Cela nécessite les mêmes compétences.

De même, la firme de journaliste devrait étendre son cercle d’activité et dominer le monde du management de l’information, ce qui est, après tout, ce que nous faisons vraiment.

Les meilleurs firmes de journalisme pourrait faire payer plein pot pour leurs efforts combinés (incluant des livres et les droits occasionnels sur des films).

Alors que le monde des médias se fractionne et que les journaux, les magazines et les réseaux de télévisions commencent à disparaître, les journalistes vont devoir se réorganiser s’ils veulent survivre.

Ils pourraient faire pire qu’imiter leurs amis qui étudient le droit.

Et s’ils le font bien, ils devraient être capable de se payer sans difficultés le beau bateau Hinckley ci-dessus. Peut-être que dans le futur, les journalistes dans les films porteront des costumes Prada, conduiront des Porsche et piloteront leur propre yacht. Il y a pire.

Un modèle  transposable en France ?

Les conseils de Michael Rosenblum trouvent-t-ils un écho en France ? Les pigistes et collectifs de pigistes interrogés se montrent plutôt circonspects.

Freelance, Sylvain Lapoix note déjà que “redistribuer les bénéfices afin de souder une coopération ne nécessite pas de se monter en cabinet : les coopératives ou certaines formes d’économie sociale et solidaire font ça très bien, comme les scops, en injectant une dose de démocratie interne au passage.” Se regrouper donc oui, mais pour exercer quelle activité ?

Le costume de travail du journaliste travaillant dans une firme ? Pas gagné...

Le jeune collectif Youpress, est une association loi 1901 regroupant huit freelances. La répartition des salaires est égale sur les projets communs. Sur l’avantage de se regrouper, ils sont d’accord : “Nous misons sur une marque pour vendre nos piges, nous nous positionnons sur un marché de l’information. Nous sommes une équipe rédactionnelle, ce qui favorise la relation avec nos clients. Comme nous sommes plusieurs, cela les rassure, la continuité est assurée. Le collectif facilite aussi l’organisation logistique.” Il déplore aussi le manque de culture entrepreneurial en France : “C’est une réalité de fait, or en école de journalisme, on n’a pas conscience de cet aspect.” Il note aussi la difficulté de travailler ensemble, la réputation d”individualiste” des journalistes n’est pas galvaudé à les en croire : “C’est un apprentissage au quotidien, ce n’est pas simple tous les jours.”

Le collectif breton Objectif Plume fonctionne un peu différemment de ses confrères puisqu’au départ, les pigistes travaillaient chacun de leur côté. Il leur arrive maintenant de collaborer sur des projets. Sur le principe du regroupement, Carole André approuve : “Une agence, oui, je voulais d’ailleurs faire ça au départ, une agence de presse avec des journalistes spécialisés dans des domaines, capables de répondre à toutes les demandes.” Et l’image du journaliste crève-la-faim ne fait pas non plus partie de son panthéon : “La galère n’est pas nécessaire pour être un bon journaliste. Mais il y a un juste milieu, on ne fait pas ce métier pour rouler en Porsche.”

Là où les personnes interrogées divergent franchement d’avec Michael Rosemblum. D’abord pour des raisons pragmatiques : en France pour garder sa carte de presse, il faut que 50% des revenus soient tirés de l’activité journalistique. Le mélange des genres a ses limites. Ou alors il faut des profils dédiés “comm” et “journalisme”. Et encore, ce ne serait pas une solution forcément optimale : “Il faut choisir son camp car cela peut s’avérer dangereux de mélanger les genres : on peut croiser des gens dans un autre contexte” note Youpress. “Pour finir les fins de mois, pourquoi pas…” indique Carole.

De même, Sylvain Lapoix n’est pas contre la diversification mais en restant dans le champ du journalisme : “Quitte à se diversifier, autant réaliser des conférences, des formations, des livres… et profiter des économies d’échelle plutôt que de tout foutre en l’air en cédant au premier cabinet de marketing venu !” Ce qui le gêne plus, c’est le “dévoiement” d’une telle solution : “Si on fait de la synergie, c’est pour optimiser la qualité générale de l’info, pas pour se brader collectivement pour faire de la comm’. L’avantage d’un groupe de journaliste qui se fabrique une marque collective, c’est justement de pouvoir revendiquer une certaine indépendance et s’assurer une sécurité financière et légale.”

Image par Elliot Lepers

Outre le ton “très donneur de leçon”, Tatiana Kalouguine, pigiste, membre du collectif « Les Incorrigibles » ne croit pas qu’il faille « faire la synthèse du business et du journalisme ». Elle juge que la proposition de Michael Rosenblum n’est pas très crédible dans le contexte actuel : “Comment être pris au sérieux en racontant à des journalistes en voie de paupérisation qu’il existe un moyen pour eux de devenir riche au point de s’acheter un yacht, de rouler en Porsche et de s’habiller en Prada comme les plus grands avocats d’affaires ?” C’est “très macho”, note au passage Carole.

Sur le fonctionnement même du cabinet, elle doute de son efficacité : “Des journalistes associés placeraient un capital dans l’affaire et se répartiraient ensuite le bénéfice de leur business en fonction de leur apport initial. Mais alors, celui qui a misé le plus devra-t-il aussi plus travailler, puisqu’il gagnera plus que les autres ? Et si, dans cette association, certains font de l’investigation et d’autres des RP, cela voudra dire que les premiers dépenseront le pognon que les seconds auront gagné. Pas sûr que ce soit terrible pour l’ambiance de travail. Certes, un tel système a le mérite de pousser tout le monde à carburer à fond pour faire rentrer des sous. Mais comment engranger quand la pige plafonne entre 60 et 120 euros le feuillet ? Qu’une enquête peut mettre des semaines, voire des mois, à être réalisée et donc payée? Un avocat est payé au temps passé, un journaliste au travail effectué. Difficile synthèse.” Quant au choix du mixage des activités, “si l’objectif principal des associés journaleux est le lucre, leur choix sera vite fait.
Si la solution pour sauver le journalisme est de nous faire créer des boîte de RP avec l’enseigne « firme journalistique », il faudrait juste lui dire d’être plus clair, et d’appeler un chat un chat.

Avec des discours comme ‘Il faut trouver un moyen pour gagner du pognon avec la presse’, on en arrive vite à : ‘L’info ne paie pas, donc quel intérêt d’en faire ?’”

Carole André insiste aussi sur la nécessité de ne pas se brader, sinon, c’est “accepter que son travail ne vaut rien.” Un écueil auquel les journalistes américains échapperaient selon elle : “Cela ne leur viendrait pas à l’idée de travailler gratuitement.”Et les jeunes forçats français ne seraient pas au courant ?…

Billet initialement publié sur le blog de RosemblumTV

Image CC Flickr Vaguely Artistic

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un owni musical http://owni.fr/2009/08/18/un-owni-musical/ http://owni.fr/2009/08/18/un-owni-musical/#comments Tue, 18 Aug 2009 12:04:12 +0000 djouls http://owni.fr/?p=2331
Paris Djs

En 1996, je me mets à apprendre à écrire en HTML, à faire mes premières pages web. En 1999 je lance mon premier site DJOULS.COM. J’y publie des chroniques de disques qu’on entend pas à la radio. Dans un peu tous les styles mais j’essaie déjà de cibler des communautés musicales actives, comme celle des “jam bands” – groupes américains dont la musique est basée sur l’improvisation, qui autorisent déjà à l’époque le partage de leurs oeuvres (de leurs concerts). Je pose des bases de travail avec des discographies commentées oeuvre par oeuvre: Frank Zappa, sly Stone, Herbie Hancock, Phish, Parliament/Funkadelic, Deodato, Medeski Martin & Wood, Ninja Tune, Mr Scruff, Kid Koala, Mo’ Wax, Warp…

Je commence à faire des sites pour des artistes et labels français sortant du lot: Pro-Zak Trax, Professor Oz, Grant Phabao, Ark, Kactus Hunters (Doctor L & Niktus/F.F.F.)… En 2002 je rencontre Loik Dury et son label Kraked. Ils ont sorti un album de Drugs (avec des musiciens de Funkadelic) sur leur label Kraked, situé à 500 mètres de chez moi. Nous devenons amis et rapidement je developpe des sites pour eux (Kraked.com, Toumast.com). En septembre 2005 nous réalisons d’une part nous ne occupons que très peu de nos sites labels et d’autre part que Willie Hutch, célèbre arrangeur de la Motown, vient de mourir et que personne n’en parle en France.

Avec Loik et Grant Phabao nos décidons d’unir notre communication web autour d’un site et d’une marque fédérateurs, ParisDJs.com, avec pour commencer un mix en forme d’hommage à Willie Hutch.

Pendant 3 ans nous annonçons les meilleures soirées et concerts à Paris, et effectuons un panorama de la musique “black” à travers des mixes thématiques de 30 minutes, avec artwork original, tracklisting détaillé et pochettes de chacun des disques joués dans le mix. Un deuxième podcast est créé accueillant des ” “singles virtuels”, en fait des titres à l’unité, et surtout des remixes originaux et des inédits. En septembre 2008 je fusionne mes principaux sites éditoriaux djouls.com, ninja-obsession.net (tout l’univers des labels Ninja Tune, Big Dada et de certains labels/artistes hip hop/electro underground), havanito.com (spécial compilations), tru-thoughts.net (le label Tru Thoughts et la scène deep-funk/nu-jazz underground actuelle) avec ParisDJs. Il n’y a plus qu’un seul et vaste site de musique à gérer, c’est entièrement logique avec la stratégie de réductions des coûts que nous avons mis en place. En parallèle, nous développons notre réseau d’artiste et de labels à Paris et à l’international et démultiplions les productions et collaborations, avec un souci permanent de pertinence artistique et marketing. Automne 2009 arrive à grand pas.

Paris DJs compte désormais plus d’un million de mixes et plus de 120.000 singles virtuels téléchargés. 5000 visiteurs nous consultent quotidienment. Je me suis associé avec le célèbre DJ et collectionneur Manu Boubli (fondateur des labels Comet et Mind) et Paulo Goncalves pour ouvrir une boutique de disques collectors (principalement vinyles) à Paris et online, sous la marque Superfly Records, qui sera aussi un label de rééditions. Elle distribuera nos propres labels et profitera de la synergie déjà mise en place avec ParisDJs. Production, Edition, Media, Vente, Distribution. Ça ressemblerait presque à une major. Sans les fenêtres pour jeter l’argent, et en n’oubliant pas de nous servir de nos oreilles avant tout.

site web : parisdjs.com

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