
Jean-Marie Cavada, Jérôme Bouvier, Clémentine Autain, Jean-Luc Mélenchon, Catherine Trautmann.
Jeudi soir à l’ENA, quatre personnalités politiques ont débattu sur les relations qu’elles entretiennent avec les journalistes. Catherine Trautmann, députée européenne, dénonce la tendance à la « peopolisation » de la vie politique et insiste sur le besoin de formation des journalistes. Pour sa part, Clémentine Autain, militante de la gauche radicale, proteste contre la pratique des « petites phrases ». Le député européen Jean-Marie Cavada n’est pas choqué par la connivence entre médias et politiques mais il s’émeut du basculement du journalisme vers la communication. De son côté, Jean-Luc Mélenchon, fondateur du Parti de gauche, appelle les journalistes à se révolter contre leurs conditions de travail.
Catherine Trautmann : « Les politiques ne doivent pas devenir média dépendants »
Pour l’ancienne maire de Strasbourg, le dialogue entre politiques et journalistes est « de plus en plus infernal ». Selon Catherine Trautmann, les nouvelles technologies ont rendu les premiers dépendants des médias en termes d’évolution de carrière : « La presse peut faire monter comme descendre un politique. Il suffit d’un papier négatif pour rentrer dans un mauvais cycle. J’en ai fait les frais. »
Catherine Trautmann s’indigne de la « recherche de scoop et de la spectacularisation de la politique » et réclame plus de déontologie chez les médias. La députée européenne juge indispensable la formation des journalistes pour que « la carte de presse ait un sens ».
Clémentine Autain : « Le journaliste a un rôle d’éveil à l’esprit critique »
La féministe s’offusque de voir des commentaires sur le physique des politiques dans certains papiers alors qu’elle attend une analyse sur le fond. Selon elle, « la politique a besoin » des médias, en matière de « qualité de l’information et d’éveil à l’esprit critique ». Elle souligne que les origines et les parcours souvent similaires des journalistes et des hommes publics conduisent à une uniformisation de la pensée. Clémentine Autain regrette que les jeunes journalistes politiques perdent leur « fraîcheur » au bout de quelques mois et se mettent à la recherche de « petites phrases qui tirent le débat politique vers le bas ».
Jean-Marie Cavada : « La connivence entre journalistes et hommes publics ne me choque pas »
Le député européen se dit favorable à une grande proximité entre médias et responsables publics car selon lui, « un journaliste ne peut parler de politique que s’il connait le métier. Le tout est que chacun reste à sa place. » Pour Jean-Marie Cavada, « beaucoup de politiques font des acrobaties pour qu’on parle d’eux, c’est ridicule et triste mais c’est leur seul moyen d’exister ». Il ne supporte pas le « basculement du journalisme vers la communication ». Selon Jean-Marie Cavada, les journalistes disposent de moins en moins de moyens pour « aller chercher l’info ». Parallèlement les dépenses de marketing et celle pour attirer les publicitaires augmentent, « les journaux en ont besoin ».
Jean-Luc Mélenchon : « Les médias installent les politiques dans un rôle »
Le fondateur du Parti de gauche se passerait volontiers des journalistes, mais selon lui, il n’a « pas le choix !». « On se bat comme des chiens pour être vus ! » Jean-Luc Mélenchon estime cependant que les médias installent les politiques dans un rôle : « J’ai fait des études supérieures, j’ai écrit dix bouquins et pourtant je suis toujours « la grande gueule ». J’accepte ce rôle mais je ne l’aime pas. »
Le député européen pense qu’il est encore temps pour les journalistes de changer leurs pratiques, mais pour cela « ils doivent oser se révolter contre leur précarité». « Comment résister quand on doit faire cinq papiers par jour ? Courir à droite à gauche pour avoir 2 minutes d’interview ?! »
Catherine André et Christelle Vogel
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