Jérôme Bouvier, organisateur des Assises, a donné jeudi carte blanche à Laurent Joffrin, Jean-Marie Colombani et Jean-François Leroy pour parler de « l’information de demain ». Une liberté de ton, qui a parfois amené les « grands noms du journalisme » à s’éloigner du thème du débat.
Pour ce deuxième rendez-vous des « grands noms du journalisme » , Jean-Marie Colombani, ancien directeur du Monde, commence fort, en soulignant les lacunes du journalisme actuel. D’une voix calme et assurée, il regrette que le processus d’enquête ne soit jamais expliqué aux lecteurs, et propose de faire figurer dans les articles « ce qui n’a pu être démontré », les limites et les doutes du journaliste. « L’œil du journaliste professionnel demeure irremplaçable au sein de la révolution que représente Internet. »
Jean-François Leroy, photoreporter et directeur du Visa pour l’image, seul festival international consacré au photojournalisme, décide d’aborder un point bien précis : la disparition des agences photographiques. C’est le principe d’une carte blanche après tout. « Les photos d’amateurs me font hurler, car le journaliste professionnel va à la rencontre de l’information, tandis que l’amateur la rencontre par hasard. » La photo est en danger, il n’y a qu’à voir « les seins de Sharon Stone touchés et retouchés ». Le web documentaire ? « Une piste à creuser mais qui n’est encore rentable ».
Laurent Joffrin, tente de remonter le moral de la salle. « Journaliste, c’est toujours un bon métier. Même si on ne fait pas fortune, j’ai quand même un bon salaire », sourit-il. Le directeur de la publication de Libération part alors dans une digression sur le plaisir du métier, sans grand rapport avec le thème du jour. Son credo, si les journalistes font ce métier, c’est d’abord pour la satisfaction personnelle que cela leur apporte.
“Montée en gamme de l’information”
Un seul thème abordé par tous : la gratuité de l’information et la qualité qui en découle. Pour Joffrin « ce qui a un coût a un prix ». Le jugement est sans appel. Même avec trois millions de visiteurs uniques par mois, le site Web de Libération n’est pas rentable. Colombani lui oppose l’exemple du site d’information américain Politico, qui, durant la présidentielle américaine, a réussi à être financé par une communauté d’internautes. Le but principal reste donc la qualité de l’information. « J’avais proposé une taxe people de 5% sur tout mauvais travail journalistique », s’amuse Leroy.
C’est d’ailleurs cette « montée en gamme » de l’information qui a influé sur la nouvelle maquette de Libération, affirme Joffrin. En répondant aux deux seules questions de la salle, il annonce solennellement : « Le papier court, c’est fini. On a essayé, et on s’est planté ». Jouer sur la profondeur de l’information serait devenu une obligation pour la presse nationale. Colombani hoche la tête et ajoute : « La qualité est un combat. »
Geoffrey Le Guilcher
Tiffany Blandin
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