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L’Europe, je t’aime moi non plus

8 octobre 2009 par Le blog des assises du journalisme

« L’Europe est une affaire compliquée et technocratique. Elle semble lointaine pour le public. Mais ce n’est pas une raison pour ne pas la traiter. » Les invités à la table ronde de mercredi après-midi ont tenté d’éclaircir les raisons de ce désamour entre Europe et public mais aussi entre Europe et journalistes, en répondant à la question centrale du débat « pourquoi l’information européenne ne passionne-t-elle pas ? »

Pour Jean Quatremer et Pascal Guimier, le public est en demande d'information européenne.

Pour Jean Quatremer et Pascal Guimier, le public est en demande d'information européenne.

Qui a dit que l’information européenne n’intéressait personne ? Le problème ne se situe pas du côté des lecteurs selon Jean Quatremer, le correspondant Europe de Libération. Le public est en attente d’information européenne comme en témoigne le succès de son blog sur le thème de l’Europe qu’il alimente même en direct des Assises. « Au début, cette idée me paraissait ridicule. J’ai mis plusieurs années avant d’accepter. Finalement, je suis surpris par son succès ».

Pour sa part, Anja Vogel, correspondante Europe de Radio France, estime que l’information délivrée sur l’Europe n’est pas à la hauteur des attentes du public. « C’est avant tout une question de respect des auditeurs. On les infantilise comme si ils n’étaient pas capables de comprendre une information compliquée ». Le lecteur va désormais chercher sur internet et dans les médias spécialisés les informations que la presse généraliste ne lui délivre pas.

Batailler avec les rédactions

Le manque d’engouement du public, la « crise de la demande » comme l’ont appelé les participants, vient avant tout d’une crise de l’offre. Les médias eux-mêmes ne savent pas comment traiter l’information européenne. 

En télévision, par exemple, Pascal Guimier, directeur de la rédaction d’Arte France, a rappelé que l’activité européenne ne donnait pas d’images spécialement informatives. « On a la plupart du temps des députés qui marchent dans les couloirs, dossiers à la main. Ce sont des images prétextes qui ne veulent rien dire. »

Le traitement de l’actualité européenne souffre des mêmes maux que l’information en général. « Les gens attendent plus de sensationnel, de faits divers. » Alors que l’Europe de Jean Quatremer, c’est avant tout de l’investigation. Cela demande du temps, de l’envie et des connaissances qui ne sont pas toujours dispensées dans les écoles de journalisme. Par ailleurs, les journalistes qui couvrent l’actualité européenne doivent régulièrement batailler avec leurs rédactions pour imposer leurs sujets ou tenir une chronique régulière. Par exemple, l’émission Zoom Europa va être déprogrammée.

L’Europe n’est pas juste une rubrique

Alors comment faire ? Les intervenants comme les auditeurs, particulièrement bavards sur le sujet, ont lancé quelques pistes. Françoise Scholler, de la rédaction France 3 Europe, constate qu’ « on a trop tendance à tout voir à travers le prisme national ». Le journalisme européen, c’est aussi parler des solutions et expériences menées dans les autres pays. 

Un grand pas serait déjà franchi si l’information européenne ne se résumait pas qu’à une rubrique. Les décisions européennes ont des répercussions nationales. L’Europe est présente dans le domaine de la santé, de l’agriculture, de l’économie, et tant d’autres. Il faudrait l’évoquer au quotidien et non pas de manière anecdotique. Ce que fait depuis longtemps la presse spécialisée.

Pauline Croquet et Eve Chalmandrier

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