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“Je suis un ouvrier du journalisme”

8 octobre 2009 par Le blog des assises du journalisme

Pierre Viallet est pigiste régulier au Dauphiné Libéré

Pierre Viallet est pigiste régulier au Dauphiné Libéré

Pierre Viallet est pigiste au Dauphiné Libéré dans l’Isère depuis 6 ans. Journaliste par passion, free lance par défaut. Interview.

Comment définiriez-vous votre statut ? Quels sont vos revenus ?
Je suis pigiste généraliste. Je travaille uniquement pour le Dauphiné Libéré alors que mon statut me permettrait d’être en relation avec plusieurs titres.
Le pigiste est dans une entreprise de presse un ouvrier, un tâcheron . Il coûte moins cher qu’un journaliste en CDD ou CDI, et il est de plus en plus utilisé par les rédactions. Au Dauphiné, il y a 265 journalistes employés en CDI et une centaine de pigistes.
Bien sûr, je préférerais être en CDI dans l’entreprise. Mais depuis 6 ans, je m’en sors bien dans le monde de la pige. C’est une question de détermination, je pense qu’il faut se donner les moyens d’améliorer sa situation. Aujourd’hui je gagne 40 000 euros brut par an. J’ai des congés payés et un 13ème mois.

Y-a-t-il dans la PQR un barème de rémunérations minimales à respecter ?
Non, je négocie ma rémunération presque chaque mois avec mon employeur. Je peux créer ce rapport de force car je suis un ancien. Les pigistes qui débutent n’ont pas tous cette liberté, c’est vrai.  Je dirais qu’après 6 mois de collaboration régulière avec un journal, un pigiste peut commencer à négocier.

Le pigiste est-il rémunéré au feuillet au Dauphiné ?
Il y a plusieurs formats de papiers : un « papier court », l’équivalent d’une brève est payé 15 euros, un « papier développé » : 45 euros, un « sujet », c’est-à-dire un mini-dossier c’est 70 euros. Il existe aussi un forfait «  journée de reportage », le pigiste est payé 130 euros. C’est intéressant pour l’employeur si le freelance fait plusieurs papiers durant cette journée.

Comment êtes-vous devenu pigiste ?
J’ai été d’abord correspondant local de presse (CLP) au début des années 80 pour le Dauphiné Libéré. Je ne faisais que ça, je couvrais la région de Bourgoin-Jallieu en Isère.  Je tirais l’essentiel de mes revenus de cette activité de correspondant mais mon employeur ne voulait pas que j’acquière le statut de journaliste professionnel.  J’ai donc décidé de travailler pour une radio locale, j’ai eu un CDD, et j’ai demandé ma carte de presse à ce titre. En même temps j’ai continué à collaborer avec le Dauphiné. Le rédacteur en chef a appris cette situation et m’a menacé de ne plus travailler avec moi. J’ai répondu sur le même ton en le menaçant de le poursuivre aux Prud’hommes pour m’avoir utilisé comme correspondant alors que j’étais dans les faits, un pigiste.
Finalement, ce rapport de force a penché en ma faveur. J’ai été pris au Dauphiné comme pigiste, je devenais ainsi salarié. Pour la même quantité de travail environ je passais d’une rémunération de 10 000 euros par an sous la forme de notes de frais et honoraires à 40 000 euros par an.

Propos recueillis par Elodie Berthaud

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