Bertrand Pecquerie, directeur du World Editors Forum, avait “carte blanche” pour évoquer le journalisme et ses acteurs d’ici dix ans.
Premier constat, “le journalisme est en train de basculer: soit on reste journaliste, soit on devient communicant”. Selon lui, deux tiers des élèves d’une promotion d’école de journalisme travaillent dans la communication. Bertrand Pecquerie a insisté : “on peut faire des journaux sans journalistes”, puisque le modèle gratuit d’information comme Google News “s’impose de plus en plus”. Ainsi, le journaliste d’aujourd’hui, et encore plus celui de demain, devra être un producteur de nouvelles et un “agrégateur” d’information. Le directeur du World Editors Forum définit l’agrégateur comme un journaliste qui collecte de l’information sans en produire. Cette information n’aura une valeur ajoutée que si elle provient de plusieurs pays.
Autre évolution marquante, le journalisme visuel s’impose. “On sort de l’écrit qui a marqué la pratique du journalisme des deux derniers siècles”. Dès lors, de nouveaux postes se créent au sein des rédactions, comme celui du “visual journalist” au New-York Times. Dernier point évoqué, “le Big-Bang de la presse régionale”. La technologie permet d’accentuer l’hyperlocalité: au lieu de couvrir des zones de 15 000 à 30 000 habitants, les journalistes se concentrent sur des espaces de 3 000 à 5 000 habitants.
“La France est statique”
Les journalistes eux-mêmes peuvent être les obstacles à ces évolutions. En ce qui concerne le journalisme visuel, Bertrand Pecquerie considère que “les journalistes sont coincés, notamment lorsqu’il existe une concurrence ou une mauvaise entente entre les services internes d’un journal”. En France, un problème particulier s’ajoute, “les journaux gardant ce qui marche et ne percevant pas ce qu’attendent les lecteurs. La France est statique par rapport à d’autres pays d’Europe en matière d’innovation”.
S’adressant aux futurs journalistes, le directeur du World Editors Forum a insisté sur la “connexion entre l’information et la formation. Il ne faut plus penser médias de masse, mais médias spécialisés”, sinon “les journaux traditionnels vont de devenir des journaux d’élite”.
Cécile Thomas et Thibault Jourdan
Bertrand Pecquerie avait carte blanche pour développer sa vision de l’avenir de l’information. Morceaux choisis de son intervention.
Quentin Descamps et Gaëlle Fontenit
Tags: audiovisuel · communicant · communication · hyperlocalité · innovation2 Commentaires

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